Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump cumule les attaques anti-intellectualistes.

“La pensée critique est un ennemi mortel du fascisme” écrivait Umberto Eco dans Ur-fascism en 1995, dans lequel le philosophe italien énonçait les 14 signes de reconnaissance du fascisme. Une phrase qui résonne à présent comme un avertissement alors que le président des Etats-Unis Donald Trump multiplie les attaques à l’égard des sciences, des universitaires et de la culture depuis son retour à la tête du pays en janvier 2025. “Dès qu’il est arrivé ça a été un raz-de-marée, on a tous pris peur”, explique Camille K, recherchiste audiovisuelle spécialisée dans le droit des images et du copyright.
Mais Donald Trump n’est pas le seul au sein de son administration à bouder la science et les arts. En effet, si le président est vivement climato-sceptique et renie l’idée d’un changement climatique lié à l’activité humaine, son secrétaire à la santé Robert Kennedy Jr le suit dans cette démarche. Il déclare par exemple sans sourciller que les vaccins font plus de mal que de bien, et causent, entre autres, l’autisme, qu’il qualifie de “maladie évitable”, ce qui est complètement à rebours du consensus scientifique sur la question. Des attaques contre les sciences et la culture, mais avant tout et surtout contre la vérité.
La réécriture de la vérité par Trump
“On se rappelle tous la modification par Staline des photos à l’époque”, raconte Camille, “ou encore de la destruction de livres par les nazis”, poursuit-elle. Il existe au sein de l’administration de Donald Trump une volonté d’effacer l’histoire et de la réécrire, de la remplacer. Une façon de modeler la réalité pour qu’elle colle à son idéal réactionnaire et conservateur, profondément anti-gauche. Camille K est au premier plan pour être témoin de ce phénomène. Chargée de trouver des archives dans les bases de données mondiales et de les négocier afin de les vendre à des clients, la jeune femme explique que son travail a été rendu considérablement plus difficile et perilleux depuis la reinvestiture du président américain. Elle accuse l’administration de “rendre les conditions de la préservation d’archives compliquées et invivables”. Selon elle, “couper les budgets alloués à la préservation empêche l’investissement dans des infrastructures, du matériel”.
“Couper des têtes, comme Trump l’a récemment fait, déstabilise les organisations”. La recherchiste audiovisuelle explique qu’une véritable purge au sein des institutions a eu lieu dès la prise de pouvoir de Trump. Celui-ci s’est notamment empressé de remplacer le chef du FBI par un de ses alliés, mais également “de virer sans sommation Colleen Shogan, l’archiviste des USA, travaillant aux archives nationales, la NARA”. Le 26 février 2025, Trump a ordonné à tous les services militaires de supprimer tout média ou article de presse mentionnant la diversité, l’équité et l’inclusion, menant à la suppression de 26 000 images.
Encore plus absurde, des mots sont bannis de la recherche scientifique ainsi que des images d’archives. C’est ainsi que la photo originale du bombardier “Enola Gay”, qui a largué la première bombe sur Hiroshima pendant la seconde Guerre Mondiale, a été supprimée, à cause du mot “gay” qu’elle contient. Le pilote avait nommé son appareil après le nom de sa grand-mère. De plus, des mots comme “immigrants” “changement climatique” ou encore “lgbtq” ont été bannis des sites webs de l’administration américaine. Dans le cadre de la recherche scientifique, l’utilisation de ces expressions entraîne par ailleurs généralement une investigation approfondie par l’administration américaine, instaurant une terreur et une intimidation qui met sous pression les auteurs. “Il y a une véritable course contre la montre des scientifiques pour protéger leurs recherches” conclut Camille K.
Commentaires ()